Ce que l'INSEE dit vraiment de l'IA dans l'immobilier français

La part des activités immobilières utilisant une technologie d'IA est passée de 7 à 14 % en un an. Le chiffre est spectaculaire et il dit surtout autre chose que ce qu'on lui fait dire.

L'enquête TIC de l'INSEE sur l'année 2024 donne un chiffre que le secteur cite abondamment. Parmi les entreprises françaises d'au moins dix salariés, la part des activités immobilières déclarant utiliser au moins une technologie d'intelligence artificielle est passée de 7 % en 2023 à 14 % en 2024[1]. Un doublement en un an.

Le chiffre, remis à sa place

Un doublement sonne bien. Il faut le lire dans les deux sens. Il signifie aussi que 86 % des activités immobilières n'utilisaient aucune technologie d'IA en 2024. Sur un secteur de l'ordre de 30 000 agences en France[2], l'écart entre le discours ambiant et la réalité des postes de travail reste considérable.

Deuxième précision, et elle compte. L'enquête porte sur les entreprises d'au moins dix salariés. Une part importante des agences immobilières françaises se situe en dessous de ce seuil. Le chiffre décrit donc plutôt le haut du marché, celui des réseaux et des agences structurées, que l'agence indépendante de sept personnes.

Troisième précision, sur la taille. Tous secteurs confondus, l'INSEE mesure 9 % d'usage chez les entreprises de moins de 50 salariés, contre 33 % au-dessus de 250 salariés[1]. L'adoption n'est pas répartie, elle est concentrée. Ce qui est vrai dans l'ensemble de l'économie l'est vraisemblablement aussi dans l'immobilier.

Ce que « utiliser une technologie d'IA » veut dire

La formulation de l'enquête est large, et c'est normal pour une statistique publique. Les technologies les plus répandues sont l'analyse de langage écrit, citée par 44 % des utilisateurs, et l'apprentissage automatique pour l'analyse de données, citée par 41 %[1].

Traduit dans le quotidien d'une agence, la première catégorie recouvre pour l'essentiel un usage : quelqu'un ouvre un outil grand public et lui fait produire un texte d'annonce. C'est un usage réel, il compte dans la statistique, et il ne ressemble en rien à une automatisation installée. Il ne se déclenche pas seul, il ne se connecte à aucun logiciel métier, il dépend entièrement de la discipline d'une personne.

La différence qui va se creuser

C'est là que le chiffre devient trompeur pour qui veut se situer. Deux agences peuvent répondre « oui » à la même question d'enquête et vivre deux réalités sans rapport.

La première a un négociateur qui copie ses caractéristiques de bien dans un outil, récupère un paragraphe, le recolle dans le logiciel. Il a gagné dix minutes sur la rédaction et il en a perdu cinq en allers-retours. Le gain net est faible et il disparaît le jour où cette personne est en congés.

La seconde a branché la production d'annonce sur son logiciel de transaction. L'annonce existe quand le négociateur ouvre le dossier, calibrée sur la façon d'écrire de l'agence, et il n'a plus qu'à valider. Le gain est structurel, il ne dépend de la discipline de personne, et il survit aux congés.

Les deux comptent pour un point dans la statistique de l'INSEE. Une seule change la semaine de l'agence.

Notre lecture

Le doublement mesuré par l'INSEE est réel et il va se poursuivre. Nous nous méfions de la lecture qui en est faite. Un secteur qui passe de 7 à 14 % n'est pas un secteur en retard qu'il faudrait rattraper en urgence, c'est un secteur au tout début de sa courbe, où la question n'est pas si on adopte, mais ce qu'on adopte. Un abonnement de plus n'est pas une adoption. Une tâche qui a quitté les mains d'un humain, si.

Sources

  1. INSEE, Les technologies de l'information et de la communication dans les entreprises en 2024, Insee Première 2061, insee.fr
  2. Imop, Panorama des agences immobilières, imop.fr

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